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Se Soigner en montagne La dureté de la vie en montagne a rendu les souffrances familières. Les gens, habitués à la douleur, ne se rendent pas bien compte de la gravité de leurs maladies. Le paysan s’attarde peu sur les maux, qui font pour nous l’objet dans les heures qui suivent leur apparition d’une consultation chez un médecin spécialiste. L’indispensable labeur quotidien, l’éloignement et la pauvreté tendent à rendre toute maladie bénigne.Dans l’adversité et quand le mot autosuffisance domine, la solution au mal ne peut-être qu’à portée de main. Et, quand les ressources de la pharmacopée domestique sont épuisées, on n’hésite pas à contacter un guérisseur. Uniquement dans les cas les plus graves, les cultivateurs considèrent le médecin de campagne comme un recours efficace.
La situation sanitaire du monde rural change à partir de 1862, avec la mise en place d’un service d’assistance médicale gratuite. Progressivement, les pratiques d’automédication s’estompent. Avec l’avènement de la Sécurité Sociale (1945), elles se limitent aux maladies bénignes et de nos jours seuls les anciens ont gardé le souvenir de quelques recettes aujourd’hui qualifiées de grand-mère. La Cueillette
La cueillette, pour être efficace doit respecter le rythme naturel des végétaux. Il est important de tenir compte des saisons, des heures du jour, du choix de l’organe à récolter. Ainsi, la graine de genièvre, doit être cueillie avant maturation, plus particulièrement entre l’Assomption et la Nativité. L’erba de la San Jan, le millepertuis, doit être ramassé à la Saint Jean, entre les premières heures de l’aurore et le lever du soleil. On cueille généralement les plantes par temps sec ou après dissipation de la rosée afin d’éviter qu’elles ne « brûlent » et favoriser la dessiccation. Les racines et les rhizomes doivent être arrachés à la tombée du jour lorsque les principes actifs ont quitté la partie aérienne du végétal pour se régénérer dans ses racines. Seules les plantes parfaitement saines peuvent être ramassées. Il ne faut surtout pas procéder à un arrachage systématique qui risquerait d’entraîner la disparition ou l’appauvrissement du milieu naturel. Les remèdes à base animale Certains se souviennent encore :
L’invention des sources guérisseuses est un phénomène essentiellement rural. Ces sources se situent d’ailleurs le plus souvent aux confins du territoire communal. A Saint-Auban, on signale au XVIIe siècle une source guérissant beaucoup de maladies et notamment la gale et la lèpre.
Enfin, pour guérir de tous les maux, rien n’empêche de conserver à domicile une bouteille d’eau bénite ou provenant d’un lieu de pèlerinage. Nombreux sont ceux qui ramènent de Lourdes, une gourde métallique ou plus récemment une fiole en plastique représentant la Vierge. L'Alcool au Secours des Malades ! «Douoi gruns de sucre dintre un véire de vi lèvou cin sous a sou medessi.»Contrairement à l’alcool, nos ancêtres, n’accordent à l’eau que très rarement, une fonction médicinale : en cas de frayeur ou d’émotion violente. De plus, faute de lui substituer ou de lui ajouter du vin, ils ne consommaient que l’eau de sources indiscutablement reconnues comme hors d’atteinte de toute pollution. Le vin est considéré comme un fortifiant. On lui attribue aussi une fonction purificatrice : «Il tue les microbes». Dans cette optique, on prépare un vin chaud en cas de rhume aigu ou de grippe. La Littérature de Colportage En France vers 1900, les livres de médecine végétale populaire se multiplient. A l’heure du Bon Marché et de Manufrance, des médecins malins vont créer des entreprises de thérapie par correspondance aussi durables que lucratives. Le principe reposait sur la diffusion et la vente souvent par colportage ou sur les marchés, de manuels de santé - recueils de recettes. Ils font office de représentants permanents, à domicile, des poudres, pilules, sirops et autres élixirs fabriqués par l'éditeur. Les Guérisseurs
Que l’on ne se trompe pas, les guérisseurs ou guérisseuses sont des personnes comme les autres, cultivateurs ou femme de cultivateurs. Rien ne les distingue si ce n’est le bouche à oreille. Aimées de tous, elles jouissent d’une «aura», à la hauteur de leur compétence. Chaque village est en mesure d’avoir une «bonne vieille», à l’image de tante Fine à Puget-Rostang pour guérir du «coup de soleil» (insolation) ou du «coup d’air» (celui qui fait couler l’œil et donne le torticolis). Les Accoucheuses Les Médecins de Campagnes Les docteurs jouissent de la confiance des notables, qui les sollicitent pour accoucher leurs épouses ou soigner leur enfants chaque fois que cela est nécessaire. Les cultivateurs, après avoir épuisé toutes les "astuces" dictées par l’autosuffisance, donnent leur confiance au guérisseur, au rebouteux et à la matrone. Ils considèrent le médecin comme un dernier recours efficace, sinon ils n’auraient pas pris la peine d’aller le chercher et d’économiser parfois pendant plusieurs mois pour le payer. L’homme, le plus souvent originaire de la vallée, s’illustre par son grand cœur et n’hésite pas à parcourir des kilomètres sur des chemins tortueux, parfois de nuit et ce malgré les intempéries pour secourir une pauvre femme ou un bon vieux. Sa profession peut-être considérée comme un sacerdoce. Plusieurs de ses interventions, pour son malheur sont «au bleu», et il n’est pas rare que seuls les médicaments soient facturés. Seuls sa situation de propriétaire terrien et sa clientèle aisée lui permet un tel dévouement.La situation change quand le 25 juillet 1862 le Préfet Gavini, met en place un service d’assistance médicale gratuite. Ce service a pour objet d’assurer gratuitement aux indigents malades les services d’un médecin et les médicaments qui leur seront prescrits. Le «médecin des pauvres », l’ancêtre du médecin cantonal qui apparaît en 1883 à charge :
Le Curé : Médecin des âmes Au début du XIXe siècle, la prise en charge des malades par l’Eglise est générale. Les hôpitaux de Guillaumes, Entrevaux et Puget-Théniers (1722) sont sous la responsabilité des curés de paroisse. La nécessité de la présence du prêtre au chevet du mourant est indiscutée. Elle se justifie par le souci du salut des âmes. Le prêtre est également appelé à soulager les souffrances physiques. Le soulagement de la douleur est considéré comme une forme particulièrement valorisante de l’exercice de charité. Quant aux malades, ils attendent du prêtre qu’il leur attire des faveurs divines, notamment celles des saints guérisseurs.La guérison relève de la volonté divine sollicitée pour ceux qui sont dignes de la Grâce de Dieu. La maladie et la mort sont considérées comme des châtiments de Dieu. D’où l’expression de désarroi : « qu’ai-je fait au Bon Dieu ? » Les Saints Guérisseurs La dévotion populaire a accordé des vertus guérisseuses à certains saints. Ils ont le pouvoir d’intervenir sur des maux en rapport avec :
Sainte Agathe, dont on a coupé les seins, combat l’obstination des nourrissons qui se refusent à la tétée.
Philippe Thomassin
Pour en savoir plus : Se soigner en montagne, édition Ecomusée du Pays de la Roudoule, Puget-Rostang, 2003.
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Le docteur Fodéré (Voyage aux Alpes-Maritimes , Paris, 1821.) cite : «la gratiole et le concombre sauvage pour se purger. La véronique, la carline, le génépi, l’angélique et les autres plantes chaudes pour suer. La solidago, le plantain pour mettre sur les plaies».
Les relations qu’entretiennent les guérisseurs avec leurs concitoyens sont ambivalentes. Le mystère autour de leurs pratiques engendre la méfiance. Leur humilité, leur dévouement, leur désintéressement font naître la confiance.
